Les Etats démocratiques ont besoin d’un nouveau Wallenberg | Den norske Helsingforskomité

Les Etats démocratiques ont besoin d’un nouveau Wallenberg

Les Etats démocratiques ont besoin d’un nouveau Wallenberg

Sous couvert de la guerre en Ukraine, la Russie et ses Etats voisins attaquent les défenseurs des droits de l’Homme et les médias. Les Etats démocratiques doivent oeuvrer pour protéger les défenseurs en danger.

Le Monde, le | 21.10.2014. Editorial.

Par Grigori Chvedov (Agence Internet Caucasian Knot et éditeur en chef) et Aage Borchgrevink (Conseiller au Comité Helsinki de Norvège)

Au moment où la guerre qui se déchaine dans l’Est de l’Ukraine ramène les relations entre la Russie et les Occidentaux à l’époque révolue de l’avant-Gorbatchev, une lutte interne entre forces libérales et régimes autoritaires prend une bien mauvaise tournure en Russie et dans plusieurs ex-républiques soviétiques.

En Russie, dans le Caucase du Nord, l’activiste civil et blogueur Timour Kouachev a ainsi été récemment trouvé mort après avoir subi une injection d’une substance inconnue dans l’aisselle, ce qui fait craindre un assassinat.

Il y a 13 mois, Akhmednabi Akhmednabiev, journaliste à l’agence internet 24/7 Caucasian Knot, a été tué par balles au seuil de sa maison. L’enquête a été close récemment pas les autorités, faute de suspects. Nombre d’ONG pour les droits de l’Homme ont été forcées à se dénoncer en tant qu’ « agent étrangers », se pliant à la procédure faisant penser à l’étoile jaune que les juifs devaient coudre sur leurs vêtements, sinon ces associations doivent payer des amendes qui les pousseront à fermer.

En Azerbaïdjan, les autorités ont arrêté plusieurs défenseurs des droits de l’Homme éminents. Khadija Ismayilova, journaliste d’investigation à la renommée internationale, a été frappée d’interdiction de voyage. Des activistes tels que Rassoul Jafarov, qui avait lancé la campagne Chanter pour la Démocratie pendant le concours d’Eurovision à Bakou, Intiqam Aliyev, Leyla et Arif Yunus ont été emprisonnés et accusés de haute trahison. Le 21 août, des inconnus ont attaqué le bureau du Centre de Ressources pour le développement des ONG et la démocratie à Nakhitchevan. Ilqar Nesibov, défenseur connu des droits de l’Homme, qui travaille au Centre, a été atrocement battu. Cette vague nouvelle de répression n’a pas fait sourciller les médias internationaux occupés à Gaza, en Iraq et en Ukraine.

Ce qui est le plus inquiétant, c’est l’absence de réaction énergique de la part des principales institutions pour les droits de l’Homme, telles que le Conseil de l’Europe (CE). Son secrétaire général Thorbjorn Jagland a diffusé un communiqué d’une faiblesse exemplaire, tandis que l’Azerbaïdjan préside toujours le Comité des Ministres, qui prend les décisions les plus importantes du CE. En Azerbaïdjan le Conseil de l’Europe ne parvient pas à protéger les valeurs qu’il est censé incarner.

De nombreux Etats ont détaillé les principes de la protection pour les défenseurs de droits de l’Homme, mais leurs ambassades sont incapables de soutenir les défenseurs contre la nouvelle vague de répression. Il y a des exemples récents de défenseurs en fuite, qui n’ont reçu aucun soutien des ambassades des pays occidentaux pour la simple raison qu‘on y attendait de nouveaux ambassadeurs. Malgré tous les principes proclamés, le système actuel de protection parait absolument insuffisant.

Même si la vague d’arrestation peut être un phénomène temporaire, le problème réel est que des Etats démocratiques doivent établir un nouveau système de mesures s’ils ont vraiment l’intention de soutenir et de protéger les défenseurs des droits de l’Homme. Malheureusement, le travail des défenseurs des droits de l’Homme devient de plus en plus dangereux. Nous proposons quatre mesures simples pour aider les journalistes et les militants locaux en cas d’urgence.

Les défenseurs et leurs familles doivent acquérir des visas à entrées multiples pour les pays d’Europe et de l’Amérique de Nord dans le cas où ils ont besoin de partir en urgence. Le régime actuel de visa est lourd et ne permet pas d’obtenir un séjour de long terme si le postulant n’a pas fait plusieurs voyages aux Etats Unis (ou en Europe).

Les ambassades ont besoin de procédures établies pour pouvoir évacuer immédiatement les défenseurs en danger. Si Raoul Wallenberg avait été diplomate aujourd’hui, comment aurait-il agi ?

Les Etats démocratiques devraient soutenir la mise en place de bourses et de stages pour les défenseurs des droits de l’Homme dans leurs universités, centres de recherches et institutions. Le ministère des affaires étrangères de Norvège est en train de fonder un programme pour les professeurs des universités du Caucase russe, qui comprend des stages à Moscou et à Oslo. Des projets similaires facilitent le flot d’information, le transfert des compétences et peuvent également aider à résoudre des problèmes de sécurité, si ils prévoient des possibilités de bourses à long terme.

Les défenseurs des droits de l’Homme emprisonnés doivent également avoir du soutien : les prisonniers peuvent avoir besoin de nourriture, de médicaments, leurs familles peuvent se heurter à des problèmes financiers. Memorial, centre russe reconnu pour la défense des droits de l’Homme, a publié récemment la liste de 45 prisonniers politiques en détention en Russie, dont certains sont des défenseurs des droits de l’Homme. Le nombre de prisonniers politiques en Azerbaïdjan approche la centaine, selon la liste dressée par les défenseurs locaux (actuellement emprisonnés aussi).

Afin de créer un mécanisme de défense efficace, il faudrait établir une procédure de reconnaissance de défenseurs en danger. Les principaux organismes internationaux pour les droits de l’Homme (Human Rights Watch, Freedom House, Frontline, the International Federation for Human Rights, Amnesty, the Helsinki Network, The Human Rights House Foundation et d’autres) peuvent fournir des informations essentielles sur ces cas. Sans doute, il faudra prévoir une procédure pour que ces groupes puissent présenter ces cas, ce qui le plus souvent se produit actuellement ad hoc.

Le juriste Gao Zhisheng, un des principaux défenseurs des droits de l’Homme en Chine, a été relâché de prison récemment après trois ans de détention. Gao semble avoir subi un traumatisme grave, il est incapable de communiquer de façon adéquate et l’on ne sait pas s’il sera jamais capable d’avoir une vie normale. Afin que des tragédies pareilles ne frappent plus les personnes qui risquent leurs vie en luttant pour les droits de leurs concitoyens, les Etats démocratiques doivent passer des déclarations aux actes.

Ce n’est pas compliqué. Ce n’est pas couteux. C’est une chose correcte à faire. A la mémoire du diplomate suédois qui avait sauvé des milliers de vies à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, il faut créer la procédure Raoul Wallenberg pour protéger les défenseurs des droits de l’Homme et les journalistes en danger.


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